LE PROFIL SOCIODÉMOGRAPHIQUE DES RÉPONDANT·E·S SELON LEUR IDENTITÉ DE GENRE

Rédigé le 30/11/2022
ALAIN LEOBON


VARIATION DU PROFIL SOCIODÉMOGRAPHIQUE DES RÉPONDANT·E·S SELON LEUR IDENTITÉ DE GENRE.

Entre la fin 2020 et mai 2022, le Net LGBTQI+ Baromètre français a permis de réunir les réponses de 3 649 personnes.
La majorité des répondant·e·s a été recrutée sur Facebook ou Instagram (56,8%), le reste ayant été recruté sur des sites de rencontres destinés aux hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) soit : généralistes (9,3%) ou d’intérêt « bondage, discipline, sadomasochisme » ou BDSM (34,0%).
L’ouverture du recrutement sur les réseaux sociaux a permis le recrutement de femmes cisgenres (personnes nées de sexe féminin s’identifiant actuellement au genre féminin), qui représentent 6,4% de l’échantillon du Net LGBTQI+ Baromètre 2021 (NGB2021). Il s’agit d’une première, propre à l’édition 2021 LGBTQI+, puisque le recrutement des Net Gay Baromètres s’était historiquement focalisé sur les HSH, puis plus récemment sur les personnes transgenres et non-binaires (NGB2018).

RAPPEL : LES IDENTITÉS DE GENRE DES RÉPONDANT·E·S
Dans l’échantillon, rappelons que 1,9% des participant·e·s s’identifiaient comme hommes trans, 1,7% comme femmes trans, et 9,4% comme non-binaires, agenres, intersexes, genderfluid, en questionnement ou autre, pour un total de 474 personnes (13,0%) qui sont issues de la diversité de genre sur 3 649.

Cette publication aborde donc la VARIATION DU PROFIL SOCIODÉMOGRAPHIQUE SELON L’IDENTITÉ DE GENRE DES RÉPONDANT·E·S

Sur le plan du recrutement
La presque totalité des hommes trans et des femmes cis a été recrutée sur Facebook (98,6% et 99,6%, respectivement), le reste ayant été recruté sur un site de rencontre BDSM (1,4% et 0,4%). Même si la majorité des femmes trans ou des personnes non-binaires sont elles aussi issues du réseau social FB, le tiers des personnes non-binaires provient du site BDSM (30,3%), soit presque autant que les hommes cis (38,5%).

Au regard de l'âge
L’âge des répondant·e·s de diversité de genre varie fortement selon les groupes : les hommes trans ont en moyenne 26 ans, les femmes trans en moyenne 34 ans, alors que les personnes non-binaires ont autour de 42 ans. Notons que les âges moyens ont tous légèrement augmenté à travers les deux éditions, sauf pour les femmes trans où il a drastiquement diminué de 10 ans (moyenne d’âge de 44 ans au NGB2018). Les femmes cis, quant à elles, présentent une moyenne d’âge similaire aux femmes trans (33 ans), ce qui diffère largement des hommes cis qui ont en moyenne 46 ans.

L'appartenance à une minorité visible
Il n’y a pas de différences statistiquement significatives entre les cinq groupes d’identité de genre par rapport au fait d’être né·e à l’étranger (7,6% en moyenne) plutôt qu’en France, mais les répondant·e·s des trois groupes de diversité de genre se déclarent plus souvent identifié·e·s par les autres comme minorités visibles que ne le sont les hommes cis, en particulier les hommes trans (17,1%). Les femmes cis sont elles aussi identifiées par les autres comme minorité visible pour 11,1% d’entre elles, plutôt que 6,1% pour les hommes cis. 

Le lieu de résidence
Au regard du lieu de résidence, les hommes et les femmes trans se distinguent, car iels ont moins tendance à résider en région parisienne (19,2% et 18,4%, respectivement) que le reste de l’échantillon (38,6%).

Les niveaux d'étude et de revenu
Sur le plan du niveau d’étude et de revenus, ce sont les hommes trans et les personnes non-binaires qui sont les moins nombreux·ses à avoir complété des études supérieures (51,4% et 56,3%, respectivement), alors que les femmes trans ont un niveau de scolarité similaire aux hommes cis (65,6% vs. 69,8%). Cependant, les femmes cis sont celles qui présentent le plus haut niveau d’éducation (79,6% avec études universitaires), sans pourtant avoir le plus haut revenu (46,8% font plus de 1600€ mensuel net), qui est détenu par les hommes cis (61,4%). Probablement en raison de leur plus jeune âge, ce sont les hommes trans qui ont les revenus les moins confortables, avec seulement 14,2% qui font plus de 1600€ nets mensuellement. Sur le plan de leur situation familiale, ce sont les femmes cis qui sont les moins représentées en tant que célibataires (32,3% vs. 43,6%).

Le sentiment d'appartenance à la communauté
Les femmes et les hommes trans rapportent un fort sentiment d’appartenance à la communauté LGBTQI (86,9% et 82,9%, respectivement). Cependant, pour les personnes non-binaires ou les femmes cis, la proximité avec la communauté reste elle aussi plus marquée que celle déclarée par les répondants hommes cis (respectivement 60,1% et 68,5% versus 48,0%).
Il est à noter que ce sentiment d’appartenance a augmenté de près de 15% entre les deux éditions du Baromètre (51,7% vs. 37,9%), ce qui peut s’expliquer par la plus grande proportion de personnes de diversité de genre recrutées actuellement.

L'orientation sexuelle
Il est possible d’observer que l’orientation sexuelle des participant·e·s trans ou non-binaires se distingue de celle des hommes et des femmes cis de l’étude. En effet, comparé à la majorité d’hommes cis (78,1%) et de femmes cis (63,4%) se disant homosexuel·le·s, moins du tiers (29,5-30,0%) des personnes de diversité de genre s’identifie à la même orientation.
Cela peut s’expliquer par une plus grande proportion d’hommes trans se disant pansexuels (24,3%), bisexuels (20,0%), queer ou allosexuels (10,0%), en fluctuation (5,7%) ou hétérosexuels (1,4%).
Les femmes trans sont, quant à elles, les plus nombreuses à se déclarer asexuelles (8,2%), et plus pansexuelles (16,4%) et bisexuelles (13,1%) qu’hétérosexuelles (8,2%) et queer ou allosexuelles (3,3%).
Les personnes non-binaires présentent un profil d’orientation sexuelle qui semble se situer entre celui des hommes trans et des femmes trans, mis à part pour la bisexualité qui est plus marquée (27,1%).
La plus grande proportion de personnes trans et non-binaires se disant d’orientation pansexuelle (14,9% à 24,3%) peut expliquer leur attirance plus prononcée pour les hommes et les femmes trans. Les hommes trans sont d’ailleurs ceux qui s’identifiaient le plus à cette orientation, et sont ceux qui disent avoir le plus d’attirance pour les hommes trans (68,6%), tandis que ce sont les femmes trans qui se disent les plus attirées par les femmes trans (70,5%).

+++ Pour aller plus avant…
Ces résultats préliminaires démontrent l'intérêt et le potentiel de l'édition française 2021-22 du Baromètre, et permettent d'envisager des co-publications avec d'autres chercheurs travaillant sur les altérités de genre. L'intérêt de notre étude est de produire et de partager des données pour élargir les connaissances et transférer ces savoirs vers les communautés.

Note :  Vous pouvez communiquer avec le responsable de l'étude au CNRS par courriel : alain.leobon@cnrs.fr et consulter la pièce jointe pour plus lire l'ensemble du dossier.


Gender_diversity_CNRS-ESO